Retour                             Retour à l'album photos

   BANYULS DE LA MARENDA

                    

       Banyuls de la Marenda, est une Commune de 4243 hectares, qui s'étend du massif des Albères à la mer.
       

       A Banyuls, la chaîne des Pyrénées plonge littéralement dans la Méditerranée.

        Le nord de la Costa Brava, rebaptisée "Côte Vermeille" ou "Côte Rocheuse" par la France, est une véritable dentelle rocheuse d'une beauté à couper le souffle.

       C'est là que se situe la célèbre réserve sous-marine Banyuls-Cerbère, qui part de Collioure et s'arrête à Cerbère, avant d'être certainement prolongée dans les années qui viennent jusqu'à Cadaquès en Catalogne-sud.

       Le territoire de Banyuls de la Marenda est traversé par la rivière de Vallauria, qui reçoit divers petits affluents. Cette rivière, en réalité un torrent à sec la majeure partie de l'année, peut sous l'effet de fortes pluies devenir extrêmement dangereuse. Régulièrement des inondations spectaculaires ravagent le plat du village. Surtout depuis que les hommes d'aujourd'hui, contrairement aux anciens, construisent n'importe où, y compris dans les vases naturels d'expansion d'eau ! On frémit que des responsables locaux et administratifs aient pu délivrer des permis de construire pour des zones qui auraient dû rester inconstructibles. Il y a déjà eu des dégâts matériels importants, aucun banyulenc n'a oublié les inondations à 8 jours de distance du mois d'octobre 1987. Mais nul ne peut dire ce qui se passera à la prochaine grande inondation, car les constructions, mercantilisme oblige, continuent de "fleurir" un peu partout, sans qu'aucune étude hydraulique digne de ce nom  ne soit effectuée pour mettre à l'abri du pire un village aussi exposé que l'est Banyuls.

       Sans doute doit-on s'en remettre à la chance ou à la Providence pour les temps à venir ...

     

                                          HISTOIRE


          On ne peut pas faire l'Histoire de Banyuls de la Marenda, sans évoquer Cerbère. Ces deux communes aujourd'hui bien distinctes ont un passé unique. En effet Cerbère faisait partie du territoire de Banyuls, et sa crique n'était qu'un lieu de pêche parmis d'autres pour les banyulencs.       

        Les habitants étaient les banyulencs qui restaient quelques jours à Cerbère par commodité, comme ils le faisaient quand ils travaillaient les vignes trop éloignées de Banyuls et qu'ils dormaient sur place, pour économiser le temps et la fatigue d'un trajet trop long.

        Il y a bien longtemps, la vallée de Cerbère était couverte de forêts et peuplée surtout d'animaux sauvages. Des écrits anciens de géographes grecs citent un lieu peuplé de cerfs "locus cervaria", aux confins des Gaules. Pline le jeune évoquait aussi un vin délicieux qui lui rappelait celui produit par des provinces à l'ouest de Rome.   

       Du passé subsistent de nombreux mégalithes dans cette partie des Albères. Il fut un temps où ces pierres étranges étaient considérées comme la propriété du diable, et on s'en méfiait au point de ne pas trop s'approcher d'elles.
       Un pic, appelé la tour "de Carroig", domine les deux villages. Banyuls situé sur son flanc nord, et Cerbère situé sur son flanc sud. "Quer Roig" "était il y a très longtemps une tour de guet, aujourd'hui disparue, où l'on allumait des feux qui avertissaient les banyulencs, en quelque endroit qu'ils se trouvent, dès qu'un mouvement suspect était constaté du côté de la plaine. Les banyulencs, qui se déplaçaient essentiellement par la mer, n'en surveillaient pas moins les terres desquelles le plus souvent arrivait le danger.

           En décembre 1640, un pacte est conclu entre Louis XIII et le Prince de Catalogne, contre le Royaume Espagnol.  Mais la France ne s'associait avec la Catalogne que pour mieux la trahir.

       Espagne et France croqueront la pomme de leur discorde sur le dos des catalans, par la signature du Traité des Pyrénées le 7 novembre 1659 à l'île des Faisans.

         Banyuls de la Marenda est le seul village a être cité dans le Traité des Pyrénées. La France rusa pour obtenir que ce village lui revienne et le regretta ensuite amèrement ! Le caractère de ses habitants, incontrôlables et insoumis, donna bien du fil à retordre à Louis XIV et à ses ministres. Finalement, après avoir maintes fois menacé de raser le village sans que la menace n'ait aucun effet sur ses nouveaux "sujets", le roi déclara Banyuls de la Marenda : "République contrebandière" et autorisa les intraitables banyulencs, sous ce couvert de légitimité, à continuer de vivre comme bon leur semblait... ça ne s'invente pas !

       Jusqu'à la veille de la Révolution, la vallée de Cerbère n'est toujours fréquentée que par les pêcheurs banyulencs, pêcheurs et contrebandiers les deux allant de pair de toute façon. Si l'on va de Banyuls à Cerbère par la mer, on peut voir la Cova Fordada (la grotte trouée) qui servit de hangar aux marchandises illicites durant plus de deux siècles.

        La France devra patienter jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle avant de pouvoir matéliariser la frontière qui partage la Catalogne en deux. Cette matérialisation marquera la fin de l'époque "glorieuse" des banyulencs.  Le commencement de leur agonie culturelle est marqué d'une croix blanche en plein   cœur de cette grotte, symbole de leur longue insoumission.

    La mer était le territoire des banyulencs, aucun d'entre eux ne pouvait, et ne peut encore (!) manquer de voir la marque régulièrement "rafraîchie" de la tutelle française.

       En vérité, on peut dire que les banyulencs n'ont acceptés d'être français qu'à la fin du XIXe siècle, jusqu'à cette date ils ne se reconnaissaient qu'enfants de Banyuls : "ni catalans, ni espagnols, ni français, mais banyulencs !" Ce n'est pas tout à fait une boutade, c'est presque une devise que chaque banyulenc de souche connaît par cœur et se plait à répéter de temps en temps ... sans doute par nostalgie d'un temps où ils n'avaient peur de rien, pas même que le ciel leur tombe sur la tête puisque le ciel, c'est bien connu, est l'ami des marins.

     

       LE DÉCLIN DE LA CONTREBANDE

       1789 va libérer les acquis féodaux et titres de propriétés, incitant les familles de Banyuls à venir étendre leurs cultures de la vigne sur la vallée de Cerbère. Ainsi agrandissaient-ils leur patrimoine légal, sans abandonner pour autant la contrebande. Les marchandises illicites continuaient de transiter en abondance par la Cova Fordada ... c'est ce qui s'appelle faire d'une pierre deux coups.
       

        A la fin du XVIIIe siècle, grâce à leur talent de timonier, leur connaissance de la Méditerranée, dont les sautes d'humeurs meurtrières ne donnent aucun droit à l'erreur,  grâce aussi aux barques légères et rapides qu'ils construisaient de leurs mains, les banyulencs n'avaient rien à craindre, c'est peu dire, des lourdes foulques douanières. Tandis que la France fait sa révolution, les banyulencs ne changent rien à leurs habitudes et continuent benoîtement de pratiquer ce qu'on peut définir comme "une contrebande intense" avec l'Espagne et l'Italie. Le trafic se faisait essentiellement par voie maritime, avant d'être transité par voie terrestre vers Prats-de-Mollo dans le Haut-Vallespir et également vers Perpignan. Les écrits de l'époque témoignent de l'ampleur d'un trafic qui faisait un tort réel au Trésor Public français. La lecture de ces écrits est réjouissante, car il s'avère que ceux-là même qui avaient pour fonction d'endiguer l'hémorragie, achetaient eux aussi des marchandises certes illicites, mais allégées de toute taxe ce qui réduisait les prix de moitié, dans ce cas difficile de résister à la tentation !  

        En 1841 la France décide d'agir en frappant fort et dans la durée. Elle charge l'Administration Douanière de construire un poste frontière sur les hauts de Cerbère. Cerbère, minuscule hameau, se trouva affublé d'un imposant immeuble des douanes digne d'une grande ville que l'on peut voir encore aujourd'hui. C'était le minimum compte tenu du marché parallèle qu'il fallait éradiquer.

        Les banyulencs de l'époque ont-ils compris que ce poste de douane marquait le commencement de leur fin ? Certainement pas ... Et pourtant, le modernisme allait réussir là où de puissants rois avaient échoués. Ces hommes intraitables allaient abandonner leur chère Liberté, leur fierté et leur courage, pour se fondre inexorablement, d'une génération à l'autre, dans le moule étriqué qui ferait des descendants de ces seigneurs de la mer de bons citoyens français, honnêtes et soumis au dictat du pouvoir central parisien, qu'il soit impérial, monarchiste, ou républicain ...

         La dernière estocade sera l'avènement du rail.

         En 1846, l'Etat entame les études pour la ligne ferroviaire avec l'Espagne. Le trajet côtier est choisi in-fine, car les investisseurs publics et privés misent sur le trafic de marchandises par voie maritime.

       En 1858 le train arrive à Perpignan. A Port-Vendres en 1867, Banyuls en 1876 (sic !). Pourquoi faut-il autant de temps pour faire les six kilomètres qui séparent Banyuls de Port-Vendres, qu'il en a fallu pour faire les 30 kilomètres qui séparent Perpignan de Port-Vendres ? Tout simplement parce que les banyulencs se fichaient comme d'une guigne de la "marche en avant du progrès" et voulaient rester maîtres chez eux ! Mais s'ils purent ralentir les travaux ils ne purent les empêcher. En 1878 le premier convoi ferroviaire traverse la frontière à Cerbère. A cette époque Cerbère compte 800 habitants, ce qui est énorme évidemment et ne s'est plus renouvelé depuis. Il s'agissait des hommes qui construisaient la voie ferré ainsi que l'ambitieuse gare internationale. Une fois les travaux achevés les ouvriers et leurs familles sont repartis vers d'autres chantiers, laissant derrière eux une gare immense, hideuse et sans âme, qui avait englouti le petit hameau dans ses entrailles monstrueuses.

    Le trafic de de la gare de Cerbère sera intense jusqu'à la fin du XXe siècle, jusqu'à ce que l'Europe sans frontière du marché commun la rende inutile.

       Mais en 1876, grâce à la gare, Cerbère est en pleine croissance. Il est compréhensible que ses habitants veuillent se démarquer de la tutelle banyulenque. La séparation, et on peut dire la "naissance" de Cerbère en tant que village, s'accomplit en 1888.
       

    Dominique Mitjavile, jusqu'alors premier adjoint du Maire de Banyuls devient le premier Maire de la toute nouvelle "Commune de Cerbère" lors de la première élection communale du 15 juillet 1888.

       A partir de cette date, il suffira de deux générations et de l'école obligatoire de Jules Ferry pour que la francisation des banyulencs soit totale. L'école de la République n'hésita pas à employer des méthodes indignes pour obliger les derniers rebelles à adopter la langue de Molière. La principale de ces méthodes consistait à inoculer insidieusement aux banyulencs, ainsi d'ailleurs qu'à tous les catalans du nord, la honte de leur culture, de leur langue si belle, de leurs mœurs.   Les préaux des écoles fleurirent de maximes du genre : "Soyez propres, lavez-vous les mains, parlez français !"

    Des murs d'anciens préaux d'écoles gardent la mémoire de ce qui fut un véritable génocide culturel pour la Catalogne du nord, annexée par la France.

     

    Les banyulencs furent parmis ceux qui résistèrent le plus longtemps au dictat français, certainement grâce à la conformité géographique du village qui les isolait du reste du monde. Banyuls est protégè d'un côté par la mer, de l'autre par les montagnes qui l'encerclent parfaitement. Derrière ces remparts naturels, l'accés au village était difficile et souvent interdit par les banyulencs qui, jusqu'à la première moitié du XIXe siècle, ne supportaient aucune ingérence étrangère, fut-elle pacifique ! Aujourd'hui évidemment les comportements ont bien changés et le touriste est roi ... faut-il s'en réjouir ?

     

     
     LA PRINCIPALE RICHESSE DE BANYULS

    SON VIN DOUX NATUREL

       Outre sa Côte de dentelle rocheuse, ce qui rend le territoire de Banyuls de la Marenda spectaculaire, ce sont ses vignes, sur des côteaux si abrupts qu'il faut y réaménager sans cesse les llaquas*, les feixas*, les agullas* sans oublier les célèbres "peus de galls"* une spécialité structurelle spécifique aux vignerons banyulencs.

                     

       La conformité du terrain interdit l'utilisation de charrues à bras et encore moins de tracteurs. A l'aube du troisième millénaire, le travail du vignoble banyulenc se fait comme à l'aube des temps : à bras d'hommes.

       Le vin de banyuls est un vin doux naturel, c'est à dire que c'est un vin qui n'est fort que de sa propre force. Contrairement à ce que croient les ignorants le vin de Banyuls N'EST PAS un vin cuit !!

    Découvert vers la fin du XIIIe siècle par Arnaud de Vilanova, le procédé consiste à stabiliser le vin par adjonction d'alcool, alcool issu du raisin lui-même. Cet alcool était communément appelé "tres-sis" par nos pères. On l'ajoute au moment de la fermentation, parfois même directement sur le marc, après avoir laissé longuement macérer les raisins issus principalement des vieux grenaches noirs à très faibles rendements. La fermentation s'arrête, préservant la majorité des sucres. Arrive alors un long et délicat élevage.
    Traditionnellement, le banyuls vieillit dans des tonneaux de chêne.

    Dans le cas d'un grand cru, il y demeure un minimum de trente mois. Le vin peut également vieillir dans de grosses bonbonnes de verre exposées en extérieur, subissant durant des mois le bon et le mauvais temps, et les ardeurs parfois féroces du soleil catalan.

         Le talent du vigneron est essentiel à la qualité du produit finis. Les mariages de différents crus peuvent donner des vins divins, mais se révéler aussi catastrophiques ... Il faut que la grâce passe, sinon ...

                                                    ***

            IL Y N'Y A PAS QUE DES VIGNES À BANYULS

       Le laboratoire Arago :

       A la fin du XIXe siècle, très exactement en 1882, le zoologiste Henri de Lacaze-Duthiers fonda le laboratoire Arago, dont les activités s'étendent aujourd'hui de l'écosystème marin à l'écosystème terrestre.

         On peut visiter l'aquarium du laboratoire, qui abrite plus de 250 espèces représentatives de la faune aquatique méditerranéenne.

                                                        ***

       Le Centre Hélio-Marin :   

    Le centre hélio-marin fut créé à la même époque que le laboratoire Arago, à trois ans près : 1885.

       Le centre avait pour vocation de refaire une santé aux petits citadins, qui grâce à l'air marin, au soleil et à la natation, devraient recouvrer toutes leurs forces.  

       Mais l'implantation à Banyuls d'un centre de soins pour enfants malades fut très mal perçue par les villageois. Les banyulencs n'étaient pas contre le fait que l'on soigne de petits incurables, à condition que cela se fasse très loin de Banyuls !

       Il fallut toute la pugnacité de son fondateur pour que le centre voit le jour. Mais le bonhomme ne pardonna pas aux autochtones d'avoir failli compromettre son projet, et il promit solennellement qu'aucun banyulenc ni surtout aucune banyulenque ne travaillerait chez lui ! La menace ne troubla personne, puisque de leur côté les banyulencs étaient bien décidés à ne jamais mettre les pieds dans cette bâtisse où croyaient-ils planait la mort, ni à s'en approcher, ni même à la regarder depuis les barques qui mouillaient au large. Ne pas voir le Centre leur était facile, car il avait été bâti dans une crique située à deux kilomètres du village, et isolée par les rochers. Cette conformité naturelle permettait de protéger les petits pensionnaires dont la guérison dépendait aussi d'un environnement paisible, loin de l'agitation des hommes. 

         Avec le temps les esprits se sont calmés, et durant le XXe siècles jusqu'à nos jours le "sana", comme l'appellent familièrement les banyulencs, est un pourvoyeur d'emplois apprécié dans une région où le taux de chômage est un des plus élevé du pays.

    Aujourd'hui l'avenir du Centre est gravement compromis pour des raisons prétenduments économiques -cqfd-

                                                          ***

       BANYULS À L'AUBE DU 3e MILLÈNAIRE

       En cet aube d'un nouveau millénaire, Banyuls-sur-mer est un paisible village balnéaire, qui lutte tant bien que mal pour survivre dans un monde de plus en plus déshumanisé.

        Malgré quelques hérésies d'aménagements et de constructions qui lui ont enlevé l'essentiel de sa beauté et de son âme, Banyuls reste un village au charme fascinant.

    Les banyulencs de "soca arels"* disparaissent peu à peu, au dernier recensement ils n'étaient guère plus de 600 sur un total de presque 5000 habitants.

                            

      *llaquas = terrasses

          * fexas = rangée de ceps

           *agullas = ruisseaux rectilignes

            *peus-de-galls = trois ou quatre ruisseaux qui se rejoignent en un seul, ce qui évoque l'empreinte d'une patte de coq, d'où le nom : "peu de gall" (en français : "pied de coq") 

         Les "llaquas", "fexas", "agullas", et "peu-de-gall" sont des murets de  pierres sèches dont le savant aménagement rend cultivable et productive une terre certes généreuse mais rare.

        La vigne aime cette terre parcimonieuse, dont la faible quantité en certains endroits oblige les ceps à planter leurs racines tourmentées directement dans la roche schisteuse.

    * soca arrel = souche, racine

    Retour                                                               Retour à l'album photos