dimanche 3 novembre 2013

      C'est tellement énorme ce panégérique de la corruption de nos hommes politiques sur trente ans qu'on ne peut pas comprendre comment ils ne sont pas tous sous les verrous, du moins ceux que la mort n'a pas encore neutralisés ! Et encore ce texte n'évoque qu'en filigrane les décés suspects dans l'entourage de l'Elysée, ces "suicides" mystérieux et jamais élucidés, comme les scandaleuses affaires Grossouvre et Boulin. En tout cas après avoir lu ce qui suit on en sort non pas secoué, mais définitivement déterminé à ne plus JAMAIS faire confiance à aucun homme politique de haut vol ... "vol" est le mot qui convient pour cette bande de canailles qui ne pensent qu'au fric jusqu'à la névrose et, disons-le clairement, au crime !! On a beau savoir, l'écoeurement est toujours le même que le jour où on a compris que l'ensemble de la classe politique est aussi puante et pourrie qu'un panier de poissons morts ! À l'écoeurement s'ajoute la rage d'être allé voter bien trop souvent, durant trop d'années, pour des gangters à col blanc, protégés à vie par une immunité aussi injuste que scandaleuse !

    Fabrice Lhomme et Gérard Davet

    Lire... cet article du Monde qui présente l'ouvrage "French Corruption" sorti le 9 octobre et écrit par les journalistes du MondeGérard Davet et Fabrice Lhomme d'après les confidences de Didier Schuller, jadis conseiller général RPR et "porteur de valise". Ci-dessous un texte très intéressant "Au pays de la corruption" envoyé par un de mes correspondants. Vous verrez, la réalité dépasse la fiction.

    Didier Shuller en 2007 celui par qui le scandale arrive ...

     

    Au pays de la corruption

    DOMINIQUE RICHARD

    d.richard@sudouest.fr

    Depuis vingt-cinq ans, les affaires chassent les affaires, envoyant impitoyablement aux oubliettes premiers rôles et seconds couteaux de ces feuilletons médiatico-politiques qui ne subsistent plus qu'à l'état de traces dans la mémoire collective. Qui se souvient encore de Didier Schuller, un obscur conseiller général RPR de Clichy la-Garenne, dont le nom s'était brutalement in­vité en 1995 au journal de 20 heures à l'issue d'une histoire rocambolesque. L'élu, par ailleurs directeur de l'Office départemental d'HLM des Hauts-de-Seine, avait été contacté par le psychiatre qui soignait sa mère. Le médecin souhaitait monnayer des renseignements relatifs aux enquêtes menées par son gendre, le juge Halphen, sur les marchés truqués à la source du financement occulte du parti chiraquien.

    République dévoyée

    À l'initiative de Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur, et sur ordre des policiers, Didier Schuller avait remis 1 million de francs au psychiatre, aussitôt interpellé en flagrant délit. Nul n'a jamais su qui tirait les fils de cette manipulation. Peu de temps après, craignant d'être arrêté, Didier Schuller avait pris la fuite sur le con­seil de Me Francis Szpiner- alors très lié à Jacques Chirac. Il était« carboni­sé ». Quelques jours plus tôt, l'un de ses proches, balancé par un mysté­rieux corbeau, avait été interpellé sur un parking au moment où une chef d'entreprise lui remettait 46 500 francs en liquide.

    Après sept ans de cavale, deux pro­cès, une peine de prison ferme et dix-huit ans de silence, l'énarque con­fesse aujourd'hui son parcours au pays des mallettes et dresse le por­trait brut de décoffrage d'une Répu­blique dévoyée. Son récit, qui court de la mort de Georges Pompidou au début des années 2000, constitue la trame du sulfureux « French Corruption », que signent Fabrice Lhomme et Gérard Davet, deux grands repor­ters chevronnés du « Monde ».

    Les auteurs avouent sans détour avoir pris des risques. « L'idéal jour­nalistique commanderait de dispo­ser sur chaque point de preuves irré­futables. Mais, dans ce monde-là où tout se règle à coups de valises plei­nes d'espèces, ce n'est souvent qu'un vœu pieux. «Après avoir essayé de recouper les accusations de Didier Schuller, ils ont jugé son témoignage crédible et n'ont pas occulté les noms des plus hauts personnages de l'État qu'implique, visiblement sans crainte, l'ancien militant du RPR.

    Fils de bonne famille, Didier Schuller a traversé les années l970 dans les cabinets ministériels des gouverne­ments Chaban-Delmas, Messmer et Barre. Le temps était déjà à la véna­lité. « Pour déjeuner avec Edgar Faure, le président de l'Assemblée nationale, il fallait débourser 30.000 francs », se souvient-il. À l'époque, il filait chercher des liasses à Matignon, où les services du Pre­mier ministre géraient la cagnotte des fonds secrets. Parfois pour ses ac­tivités politiques, le plus souvent aussi pour le SAC, l'officine qui épaulait les candidats gaullistes lors des élec­tions. «Je me souviens d'avoir un jour entendu Yves Guéna dire qu'il n'y avait pas besoin de tout cet ar­gent »

    « Commission pour Le Pen »

    Dans ces années-là, aucune loi n'en­cadre le financement de la vie politi­que. Ceux qui n'ont pas accès au cof­fre-fort de Matignon se débrouillent comme ils peuvent. Didier Schuller assure avoir transporté 1 million de francs offerts par la famille Rothschild à Olivier Stirn, alors ministre des DOM-TOM. Il dit aussi avoir été le témoin de la remise de 100 000 francs à un jeune loup du centrisme promis à un brillant ave­nir, François Bayrou. L'intéressé dément vigoureusement, mais Didier Schuller se rappelle que, ce jour-là, il appelait les coupures « ses timbres-poste ».

    L'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 vaut à l'énarque un aller di­rect au placard, à la direction des af­faires internationales du ministère de l'Équipement Mais il revient ra­pidement aux premières loges, refaisant surface au Moyen-Orient, où il sympathise avec Rafic Hariri, le fu­tur chef du gouvernement libanais qui alimentera des années plus tard son compte en Suisse. En 1983, lors d'un dîner à l'ambassade de France à Beyrouth, après la signature d'un contrat d'armement, Didier Schuller entend François de Grossouvre, l'homme des basses besognes de François Mitterrand, lancer à la can­tonade : « Ce n'est pas perdu pour tout le monde. La commission, on va la filer à Le Pen»

    À partir de 1986, Didier Schuller de­vient un maillon essentiel du système chiraquien en prenant la direc­tion de l'Office départemental HLM des Hauts-de-Seine. Petites ou gran­des, les entreprises crachent toutes au bassinet dans l'espoir d'être rete­nues lors des appels d'offres de l'of­fice, qui abrite un emploi fictif desti­né à passer à la postérité : celui de l'assistante d'Alain Juppé, alors pa­tron du RPR. Trois ans plus tôt, son grand ami Patrick Balkany a enlevé la mairie de Levallois-Perret aux communistes. Le duo constitue le pivot du clan du 92 -le numéro du dépar­tement des Hauts-de-Seine - sur le­quel veille Charles Pasqua et dont Nicolas Sarkozy n'est pas très loin.

    Nue sur un lit de billets

    Pour la première fois, l'ancien con­seiller général dévoile ce qu'il a tou­jours caché aux juges. L'intitulé de son compte suisse dont s'occupait le banquier genevois Jacques Heyer. « Cent fois il s'est vanté devant moi de gérer aussi celui de Sarko », pré­cise Didier Schuller. La justice helvétique a eu des soupçons, mais elle n'a jamais pu le prouver. Tout comme la justice française a échoué à identifier le compte que détenait, selon Didier Schuller, Patrick Balkany au Liechtenstein, là où aurait été routée une par­tie non négligeable des dessous de table.

    La boîte à souvenirs de l'ancien petit soldat du RPR fourmille de scènes incroyables, vécues le plus souvent en compagnie de Patrick Balkany. Celle où Jacques Chirac, sifflotant «La Marseillaise», empile de grosses cou­pures rapatriées des bords du lac Lé­man dans le coffre de son bureau à l'Hôtel de Ville de Paris, l'a marqué. Mais moins sans doute que ce moment magique où la belle inconnue aux blonds cheveux qui avait suivi le duo « faire le plein » à Genève a ac­cepté, le soir venu, de se coucher nue sur un lit tapissé de billets dans la chambre d'un grand hôtel !

    Ces politiques qui nient tout en bloc

    Tous les hommes politiques con­tactés par les auteurs de « French Corruption » réfutent en bloc les ac­cusations de Didier Schuller. Nicolas Sarkozy le premier. Selon son avocat, Me Herzog, il n'a jamais « détenu un compte sous quelque forme que ce soit à l'étranger, et ce, quelle que soit la période considérée jusqu'à au­jourd'hui ». Et il est « absurde » d'imaginer qu'il ait pu conseiller à ce même Schuller « un gestionnaire en Suisse alors qu'il était ministre du Budget ».

    Sollicité par le biais d'un question­naire, Jacques Chirac n'a pas davantage souhaité répondre aux affirmations de Didier Schuller. « II n'entend pas jouer à cache-cache avec des joueurs de bonneteau », explique son avocat, MeJean Veil, dans un courrier. Patrick Balkany, qui, selon Didier Schuller, a re­mis des fonds aussi bien à Chirac qu'à Sarkozy, refuse lui aussi de s'exprimer. Tout comme Jean-Marie Le Pen.

    En revanche, Jack Lang est beau­coup plus loquace. L'ex-ministre de la Culture qualifie d'allégations les pro­pos de Didier Schuller selon lesquels Al­fred Sirven, alors n° 2 d'Elf, lui aurait donné à diverses reprises plusieurs cen­taines de milliers de francs dans un ap­partement parisien. Mais il n'exclut pas que la compagnie pétrolière ait pu con­tribuer à sa campagne électorale en 1993. « À l'époque, la loi autorisait le fi­nancement des campagnes par des particuliers ou des entreprises. »

    De la même façon, François Bayrou nie avoir jamais croisé Pierre Begaud, un éleveur de chevaux chez qui il aurait récupéré du « carburant » dans les an­nées 1979-1980, époque où il était se­crétaire national du Centre des démo­crates sociaux. Schuller affirme avoir assisté à cette remise de cash en pré­sence de Philippe Houdard, le trésorier du parti. Ce que contestent ce dernier mais aussi François Bayrou. « Au CDS, je n'ai jamais entendu parler de lui. Je ne se suis donc jamais allé chercher des espèces à son domicile. Je ne fonc­tionne pas comme cela, pas par éthi­que d'ailleurs, mais par pur orgueil. C'est pour cela que je suis toujours vi­vant ! »

     

 

 

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